Départ le 26 Avril 2026 de la bretagne nord
Dix jours sur la route : la France en slow, la France en vrai
Nous avons quitté les Côtes‑d’Armor il y a plus de dix jours maintenant. Dix jours à rouler lentement, 3 à 4 heures par jour, parfois moins, parfois un peu plus. Dix jours à traverser une France que l’on ne voit jamais quand on va vite.
5/10/2026


Nous avons quitté les Côtes‑d’Armor il y a plus de dix jours maintenant. Dix jours à rouler lentement, 3 à 4 heures par jour, parfois moins, parfois un peu plus. Dix jours à traverser une France que l’on ne voit jamais quand on va vite.
Et puis un jour d’arrêt en Dordogne, parce que c’était trop beau pour repartir. Parce que certains endroits te disent : reste encore un peu.
Le Tarn
L’accueil improbable chez des Anglais généreux, Simon et Sarah dans une maison kitch, décalée, pleine de couleurs et de bibelots. Un repas chaud, des rires, une hospitalité qui déborde sans se poser de questions.
Le lendemain, O’Maley est parti en stop avec les deux chiens. Moi, j’ai repris la voiture sans permis, avec Matou sur des routes désertes.
Et pourtant, dans ce hasard immense, nous nous sommes retrouvés au même moment, au même endroit, dans un village perdu : Tanus, l’accueil froid. Des regards qui jugent. Des portes qui se ferment. Des phrases sèches. Une hostilité silencieuse, sûrement liée à nos dégaines de routards, aux chiens, aux sacs, à la fatigue sur nos visages.
La route, parfois, te rappelle que tu ne rentres pas dans toutes les cases.
Puis la route a repris. Et là, la France nous a offert ce qu’elle a de plus beau et de plus rude.
L’Aveyron, immense, minéral, presque vide. Des plateaux qui s’étirent, des vallées profondes, des villages accrochés au silence.
La Lozère, encore plus sauvage. Des routes qui semblent taillées dans la pierre. Des paysages qui te rappellent que tu es minuscule.
Et malgré la fatigue, malgré les kilomètres, la beauté des routes nous tenait éveillés. Ces routes qui serpentent entre les collines, qui traversent des forêts denses, qui longent des rivières claires. Ces routes où chaque virage ouvre un nouveau tableau.
Puis est venu Le Vigan. Une route splendide, vraiment splendide, mais une route que je n’aurais jamais choisie. Je n’ai pas “un peu” le vertige. Je l’ai depuis toujours, ce vertige qui me coupe les jambes, qui me retourne le ventre, qui me fait perdre mes repères. Et pourtant, sans le savoir, sans l’avoir prévu, j’étais là… au-dessus du vide.
Les lacets serrés. Les routes suspendues. Les virages en épingle. La voiture sans permis qui grimpe, qui peine, qui tremble comme si elle aussi avait peur.
Je voyais la beauté, je la sentais même, mais je ne pouvais pas la regarder. Elle glissait sur les côtés pendant que je fixais la route comme une ligne de survie.
Mon cœur tapait trop fort. Mes mains étaient crispées. Le vertige montait, tenace. La peur s’est installée, longue, lourde, obstinée.
Et pourtant… j’ai continué. Mètre après mètre. Virage après virage. Sans m’arrêter. Sans fuir. C’était un exploit pour moi. Un vrai.
Et la nuit, encore aujourd’hui, j’en cauchemarde. Mon corps revit les lacets, les falaises, les à‑pics. Mon esprit n’arrive pas à réaliser que je l’ai vraiment fait. Que je suis passée par là. Que je ne suis pas tombée. Que j’ai tenu.
C’était dur. C’était long. C’était éprouvant.
Et pourtant, quelque part, c’était beau, une beauté que je n’ai pas vue, mais que j’ai traversée.
Et on l’a fait.
Le dernier jour, avec Matou, nous avons roulé 7 heures presque non-stop. Une traversée entière, tendue, concentrée, épuisante. Le corps en pilote automatique, l’esprit juste assez présent pour tenir la route.
Et puis, enfin…
Les paysages ont changé. L’air est devenu plus doux. Les routes plus larges. Les villages plus vivants.
L’Hérault. Puis le Gard.
Et là, la chaleur. Celle des amis retrouvés. Celle du café du midi, simple, humain, accueillant. Celle qui te rappelle pourquoi tu voyages.
Aujourd’hui : une pause avant la suite
Nous sommes posés une semaine. Le temps de se reposer, de laisser les chiens courir, de laisser nos corps se détendre. Le temps de regarder en arrière et de se dire : On a réussi!
Puis nous repartirons. En woofing. Dans des écolieux, des écovillages. Pour aider, apprendre, s’investir, donner de nos mains et recevoir autrement.
En attendant de trouver notre lieu de vie. Celui qui nous attend quelque part.